Salon éducation

Après la "découverte" du PIA, forcer le PAE !

Presque chaque journée apporte actuellement, par voie de presse, les bonnes idées des uns et des autres en matière d’enseignement.  

A croire que lors de chaque réunion prévue pour les négociations sectorielles actuelles, mistral et sirocco s’époumonent à un point tel qu’une multitude cadencée de vents favorables dépose sur des bureaux extraordinairement bien orientés les textes, idées et propos des uns et des autres…

C’est sans doute face à ces bourrasques que, formule consacrée, à la lecture de toutes ces bonnes idées (qui ne coûtent rien…),  les convoyeurs attendent….      

Sauf qu’à lire les livrées, les pigeons risquent une nouvelle fois d’être les mêmes.

Un nouvel exemple est passé un peu inaperçu[1] (sans doute éblouis que nous sommes par les autres idées sur la table) : le PAE pour Plan d’Accompagnement des Enseignants.

Qu'est ce que le PAE ?

Un article du SOIR indique qu'au départ de plusiers constats qui montrent que l'enseignant est laissé à l'abandon au début de sa vie professionnelle, la Ministre Simonet envisage de forcer les écoles à mettre en place un plan d'accompagnement de ces jeunes enseignants. L'A.I.D.E. analyse cette proposition (note de l'auteur : les phrases en italique sont extraites de l'article du SOIR):

Constat : les jeunes enseignants quittent l’école (40 %) après 5 ans

Définition de « quitter l’école » : choc subit par le jeune quand il découvre la réalité du métier

Raison : Le jeune est souvent laissé en plan, l’accueil se réduit au minimum

Coût de ce PAE : ne doit pas coûter (sur papier) un euro.

Solution 1 : le tutorat.

Définition du mot "tutorat" : Geste magique qui consiste à transformer des enseignants  en fin de carrière dans un contexte et des résultats donnés en excellents formateurs de nouveaux enseignants dans un nouveau contexte avec une nouvelle culture de résultat. Abracadabra !

Mais la magie de haut vol, cela demande de la formation (encore !), des accessoires et du personnel : trop cher.

Solution 2 :  forcer l’école

Exemple type, pour les non initiés, de la fumée utilisée par nos magiciens pour entourer un numéro de magie scolaire dans le but d'en cacher les trucs et ficelles 

définition du mot « école » en ce genre de solutions spécifiques non couteuses : école = direction.

Forcer l’école à conclure un plan d’accompagnement entre l’école et l’enseignant qui démarre le métier. Image mentale à conserver : forcer les directions à imaginer, mettre en place, gérer, évaluer, accompagner un plan d’accompagnement entre la direction et l’enseignant qui démarre le métier. Abracadabra !

Magique et pas cher !

Même les syndicats, nous dit-on, sont preneurs ! Car l’accompagnement doit devenir un droit et que cela forcera les –méchantes- écoles » à réfléchir à la manière d’accueillir le -gentil et malheureux- jeune enseignant.

Et attention –roulement de tambour- un syndicat attire l’attention … sur le fait que les activités liées à l’accompagnement ne doivent pas alourdir l’horaire du jeune prof et, in fine, lui compliquer la vie au lieu de la faciliter !

A juste titre, pouvons-nous dès lors attirer l’attention de ce syndicat sur le fait que les activités liées à l’accompagnement ne doivent pas alourdir l’horaire du directeur d’école fondamentale et, in fine, lui compliquer la vie au lieu de la faciliter ?

Justification :

« On forcera l’école à dialoguer avec le jeune et à entendre les difficultés qu’il éprouve alors qu’aujourd’hui, trop de directions, absorbées par leurs tâches administratives, ne prennent pas la peine de discuter avec le nouveau venu (sic) ».

 

Nous y sommes, grand ABRACADABRA final, summum de la malhonnêteté intellectuelle, apogée de la mauvaise foi  :  si les jeunes enseignants quittent l’école après  5 ans c’est parce que les directions, bien trop préoccupées par leurs tâches administratives, ne sont pas capables de les accueillir correctement. CQFD.

Nous osons croire à la malhonnêteté intellectuelle tellement ce raisonnement est risible.

Madame La Ministre, Mesdames et messieurs les Politiques, Mesdames et Messieurs les syndicalistes, s’il vous plaît, notre enseignement (et donc nos enfants !) vaut bien mieux que cette pauvreté intellectuelle et cette abstraction volontaire des réalités de terrain.

Nous passerons sur les impossibilités élémentaires de gestion sur le terrain que poseraient un tel projet de PAE dans le contexte actuel de l’enseignement fondamental : sécabilité des emplois (plusieurs 1/5 sur plusieurs écoles), courts emplois intérimaires dans plusieurs écoles sur la même année scolaire, formation des directions, …

Peut-on, en s’arguant du pilotage de notre enseignement, c’est-à-dire de l’avenir de nos enfants et de notre société, faire fi de l’ensemble des études, évaluations et constats qui préconisent une aide urgente aux directions d’écoles fondamentales afin que justement et à leur demande, elles puissent assurer, avec leurs équipes,  un réel pilotage des établissements scolaires  en leur permettant bien mieux d’assurer l’ensemble de leurs missions ?

Les directions d’écoles fondamentales vous réclament cette aide légitime depuis des années afin de pouvoir se concentrer sur ces missions importantes. Les directions souhaiteraient pouvoir accueillir encore mieux et surtout accompagner chaque enseignant, du plus jeune au plus ancien (qui en a légitimement bien besoin lui aussi !).

Forcer les écoles à un tel PAE dans le contexte actuel par lequel vous laissez les directions d'écoles fondamentales sans aide administrative (la vraie, pas celle adressée aux Pouvoirs Organisateurs ou dans le cadre du capital période) est une moquerie magistrale.

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